Interview Yann Gabay, fondateur de l’école inclusive Oreegami

1ere question : Bonjour Yann, cela fait longtemps que tu travailles dans le digital, un petit mot sur ton parcours ?

J’ai démarré en 1999 dans les sites Internet et les CDROMs ! 

J’étais le premier stagiaire puis le premier employé d’une agence (Pôle Nord) qui s’est bien développée et s’est reconvertie en 2002 sur le marketing de la performance et plus particulièrement le « search », avant d’être acquise par Publicis en 2006. J’ai ensuite fait un parcours de direction dans ce groupe (Digitas, Vivaki, Performics…) avant de rejoindre à nouveau le monde des indépendant en 2011 en devenant DG France puis Europe du Sud de NetBooster (devenue Artefact depuis). 

Puis je suis revenu vers le marketing digital, pour finalement créer Oreegami et donner un sens positif à tout ce chemin. 

Je souhaite aujourd’hui partager l’ensemble de l’expérience que j’ai pu acquérir, tout en permettant à d’autres de s’épanouir dans ces métiers du marketing digital.

2eme question : Tu as fondé l’école Oreegami il y a presque 2 ans, pourquoi une école et sur quel constat l’as-tu fondée ?

La mission d’Oreegami est de permettre à des personnes diplômées mais sans emploi, souvent issues de milieux modestes, de découvrir et d’intégrer rapidement et gratuitement les métiers du marketing digital. Nous sélectionnons nos apprenants sur la base de leurs « Soft Skills » (Personnalité, Motivation, Logique) et les formons en 12 semaines à des métiers très opérationnels, avant une première immersion de 6 mois en entreprise, qui se converti en CDI dans la plupart des cas. 

Les 4 constats qui m’ont amené à ce concept sont assez simple :

  1. Je me suis rendu compte qu’il était toujours aussi compliqué de trouver des profils juniors bien formés sur les métiers opérationnels du marketing digital (Spécialistes SEA et Social Media, Analytics, Programmatique…) et que toutes les agences continuent de chercher dans les Masters d’écoles de commerce.
  2. Je me suis aussi rendu compte que la plupart des écoles n’intégraient que très partiellement ces métiers dans leur programme, et que même quand c’était fait, il ne s’agissait que d’un survol théorique, insuffisant pour démarrer dans une entreprise
  1. De plus, une grande partie de la population n’a pas accès aux écoles de commerce renommées, et il y a donc là une forte brèche dans l’égalité des chances, un concept qui me tient particulièrement à cœur. 
  1. Enfin, peu d’écoles accordent une réelle importance à l’individu, alors que c’est central pour nous. C’est pourquoi nous avons conçu et intégré à nos parcours un véritable programme de développement de l’individu et de sa relation au groupe et au monde de l’entreprise. Ce programme est actuellement assuré par notre partenaire Kintsu. 

3eme question : Quel est ton objectif à court et long terme ?

Nous en sommes à 40 personnes formées en 1 ans, dont 38 sont actuellement en poste en entreprise.

A court terme, mon objectif est de trouver le bon équilibre économique qui nous permettra de monter plus de programmes et donc de former, toujours gratuitement, et insérer professionnellement plus de bénéficiaires. Nous sommes désormais bien soutenus par Pôle Emploi et certains OPCO (opérateurs de compétences) : c’est donc de plus en plus simple ! 

Nous avons lancé un nouveau parcours « Data pour le marketing digital », labellisé ParisCode (Ville de Paris) et nous ajouterons une spécialisation « Retail Media » à la rentrée 2020 : la liste de projets est donc déjà bien remplie. 

A moyen/long terme, Oreegami a pour vocation à couvrir de nouveaux domaines et de nouveaux territoires, et aussi toucher un public plus large et encore plus précaire face à l’emploi, notamment en permettant à des décrocheurs ou des séniors en reconversion de découvrir les métiers du numérique (au sens large) et de trouver leur voie. De nouveaux projets dans ce sens devraient voir le jour l’année prochaine. 

4eme question : tu as une collaboration avec Dixer dans le domaine des formations, c’est dans la même logique qu’Oreegami ou bien cela répond-il à autre chose ?

A force de former des personnes qui ne connaissaient parfois rien au Marketing et encore moins au digital, nous avons développé en un an un certain savoir-faire pédagogique que nous souhaitons valoriser. Nos formations sont très axées sur la pratique active, et cela a tendance à manquer dans la formation professionnelle.
 

Avec Dixer, nous avons créé des modules courts (1 à 3 jours), qui permettent à des professionnels d’acquérir rapidement des compétences supplémentaires sur des sujets très précis (Search, Social Media, Programmatique, Data…). Frank Michel, le fondateur de Dixer, possède un savoir faire important sur l’organisation de la formation professionnelle B2B, ainsi qu’un point de vue « Editeurs » très complémentaire de mon point de vue « Agence ». C’était donc assez logique de s’associer sur ce projet. 

Les revenus générés par cette activité nous permettent de financer les formations Oreegami et de monter plus de parcours avec une plus grande souplesse. Ils nous permettent également d’investir dans de nouveaux outils et de continuer d’innover sur la pédagogie.

5eme question : en conclusion, pourquoi Oreegami est-il un succès ? Et de façon générale, vers où va la formation et l’éducation ?

Je ne sais pas si c’est un succès car c’est très subjectif ☺

A date nous avons permis à presque 40 personnes de démarrer dans un nouveau métier très porteur et très évolutif, et c’est notre première satisfaction ! Nous espérons rapidement atteindre les 100 bénéficiaires, puis les 1000… 

La formation doit subir une profonde mutation car elle doit s’adapter aux nouvelles contraintes du marché du travail : évoluer dans ses connaissances en permanence. Il s’agit déjà de donner à chacun l’envie d’apprendre et d’évoluer, en proposant des programmes riches et opérationnels, qui font une place importante à l’interaction et au développement de l’individu. 

Cette mutation a commencé, et nous sommes heureux d’être au cœur du changement dans ce domaine. 

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